Lundi 5 décembre 2011 1 05 /12 /Déc /2011 21:50

Petite Histoire

Je devais avoir sept ans à l’époque, c’était dans le port de Haifa, en Israël. J’étais dans la voiture bleue que mon père avait récemment acheté en attendant je ne sais quelle livraison dont il était chargé, quand un individu est venu lui proposer de me vendre à lui pour un prix plus qu’avantageux. Mon père refusa d’emblée sans poser plus de questions mais je me souviens avoir néanmoins considéré cette offre et négocié avec mon père le partage de la somme 50/50 s’il acceptait la transaction en ajoutant qu’il me serait toujours possible de lui rendre visite certains jours. Pour ma part j’avais bien entendu de grands projets d’investissement dont le temps a effacé la trace. Si je commence par ce passage c’est sans doute un hasard révélateur d’une histoire que je vais vous raconter et qui plonge, par épisodes, dans une enfance tiraillée par des pays, des lois et des coutumes qui ne m’ont été éclairées que bien plus tard.

Je vous passe les détails de ma naissance et vous parlerais plutôt de la quantième et de son dessein. Ma mère avorta par 6 fois avant de concéder à laisser vivre le septième. Ce n’est pas tant qu’elle cherchait à garder sa ligne sinon l’intolérance aux malaises des précédentes fécondations qui en étaient la cause. Elle était elle-même le fruit d’un arrangement presque mystique, premier enfant d’un père alcoolique dont plus personne ne retrouva jamais la trace, et d’une mère qui malheureusement, souffrait d’un mal ne lui permettant pas d’accoucher d’un enfant vivant. Après de nombreuses fausses couches et désirant néanmoins donner vie à un être, elle accepta de céder  son prochain bébé à une famille de nobles qui ne pouvaient en avoir. Cette tradition voulait que de cette façon les chances seraient grandes de voir naître cet enfant et de lui assurer une éducation de la grande école. Ses parents adoptifs s’occupaient de grandes affaires et lui ont donné l’éducation de leur rang, bien qu’elle voyait plus souvent la femme de ménage et les professeurs particuliers et retournait souvent voir sa mère avec laquelle elle garda toujours un lien très fort. Malheureusement à ses 18 ans le pays, dont la capitale était considérée jusqu’alors comme « le petit Paris », passa aux couleurs rouges du socialisme réquisitionnant toutes les propriétés et saisissant la fortune de ses parents adoptifs. Se voyant sans un sous à la rue elle dût accepter la première école qu’on lui proposa et entra ainsi dans un internat pour suivre des études d’infirmière.

Elle exerça ce métier avec passion, monta jusqu’au poste d’inspectrice régionale mais refusa de devenir membre du parti, du moins c’est ce qu’elle raconta, se maria une première fois avec un bellâtre qui lui était trop supérieur et divorça malgré l’avantage financier dont ce mariage semblait pouvoir la combler.

Ce jour là elle travaillait dans le centre de secours du lac où mon père l'avait repérée et, profitant de la blessure que son frère s'était faite au nez en effectuant un salto arrière mal calculé, il lui rendit visite pour le faire soigner. 

Il portait ce jour là un enregistreur à bandes contenant les dernières chansons occidentales à la mode qu’il enregistrait sur une radio libre sur les ondes longues à des heures tardives, le régime en place n’éprouvant pas la musique "décadente" et préférant diffuser des communiqués nationalistes et la musique traditionnelle. C’était un bel homme devenu modeste mais doté d’une grande imagination. Son parcours professionnel, semblable à celui de sa femme, le mena vers la technologie de pointe du moment … la mécanique. Il était homme à aimer la bonne musique, surtout la plus récente. Cette passion lui offrait une vie sociale acceptable sans jamais lui avoir servi auparavant pour une rencontre amoureuse.

Il était issu d’une famille noble d’encadreurs, d’une mère orthodoxe et d’un père juif. Son grand père avait fait la fortune familiale jusqu’au jour ou un concurrent était venu s’installer. Il faisait bon commerce car le mot passa que ses cadres, contrairement aux autres fabrications, résistaient  au vieillissement sans craquelures.  Mon arrière grand père se lia d’amitié avec son homologue et réussit, par je ne sais quel argument, à obtenir de lui la faveur de visiter son usine. Quand il passa devant le chaudron à pâte, il plongea son doigt dedans et la goûta, révélant ainsi à ses papilles gustatives le secret de la réussite de son rival, elle contenait de la glycérine !

Mon grand père reprit l’affaire familiale et profita sans retenue des plaisirs de la vie. Bien qu’étant de corpulence forte et de petite taille, il obtenait facilement les faveurs des femmes et se vantait d'avoir possédé la cinquième voiture de marque Ford de la capitale. Il allait même jusqu’à payer les agents de la circulation pour qu’ils lui ouvrent la voie aux carrefours afin de plaire à ces dames, c'est d'ailleurs ainsi qu'il séduit celle qui devint plus tard son épouse. De ses enfants il ne s’occupait guère, les laissant jouer sans la poussière à faire les fous. Malgré cela mon père me parlait avec nostalgie de ces moments de liberté ou il courrait les pieds nus avec ses camarades, ou il montait sur des tables et des chaises avec un fouet pour jouer au cocher (ce qui lui valu un crâne cassé) ou encore à faire peur à son frère en lui montrant une peinture représentant un joueur de mandoline et le traitant de « petit zizi »… c’est vrai qu’il était fier de son mandrin bien qu’il ne lui servit pas longtemps… mais j’en parlerai plus tard.

On vivait dans une petite chambre de 10m² au deuxième étage d’une maison de maître réquisitionnée. Pour y entrer on passait d’abord par la cuisine commune ou les habitants de l’immeuble se réunissaient pour préparer leurs repas et faire la causette. Un long couloir dont la porte du fond donnait accès à salle de bain permettait d’entrer chez nous en la traversant. Il s’agissait d’une pièce avec une fenêtre donnant sur une rue latérale très calme devant laquelle il y avait le grand lit de mes parents suivi par le mien à leur tête. Une table et des chaises au centre, une télévision en noir et blanc et la radio qui me faisant danser le cha cha cha en m’agrippant au bord du buffet pour me déhancher. J’avais 4 ans à l’époque et répondais à celui qui voulait m’entendre que plus tard tout serait commandé par des boutons et que j’allais avoir 7 femmes,  une pour la lessive, une pour le ménage, une pour la cuisine, une pour le repassage, une qui ferait les courses, une qui s’occuperait des enfants et enfin la dernière pour dormir avec moi. J’avoue que ce plan reste encore très viable … mais faute de structure je me contente de ma liberté.

Je n’avais pas beaucoup de jouets et le seul qui m’ait marqué était un robot fabriqué en Amérique que mon père avait acheté au marché noir. Il était magique, à l’époque personne n’avait encore vu un jouet marcher tout seul et éviter les obstacles en changeant aléatoirement de trajectoire. Il émettait un « bip », ses yeux rouges clignotaient en permanence, et le bruit de son moteur ajoutait à ma fascination de le voir ainsi évoluer tout seul. J’y prenais grand soin, à tel point qu’en fait, jamais je ne jouais avec quand j’étais seul et demandais même à mes parents de le cacher pour moi dans un lieu tenu secret à la vue de tous et ne le sortir que les jours de grandes fêtes pour m’amuser sous leur surveillance… ceci bien sur pour assurer la défense au cas ou un étranger, même par mégarde, aurait eu idée de l’abîmer. Cette excentricité de ma part amusait d’ailleurs beaucoup les invités les jours de fêtes … bien que de ce fait j’avoue en avoir très peu profité.

Pour me distraire au grand air j’avais une voiture à pédales et ne me lassais jamais de faire des tours dans la petite cour au fond de laquelle habitait ma grand-mère maternelle. C’est pratiquement elle qui m’a élevé puisque mes parents travaillaient beaucoup et j’en garde un bon souvenir. Un voisin plutôt taquin, ne désirant en somme que me faire plaisir, ne cessait de me proposer de m’emmener faire un tour dans sa belle auto toute neuve, il faut dire que l’achat d’une voiture relevait d’un luxe que peu de gens pouvaient s’offrir… et comme d’accoutumée je lui répondais illico et tout fâché par une injure plutôt classique et colorée de ma langue natale, qui se traduit à peu près comme ceci « je te fous dans la chatte de ta mère… » à laquelle je prenais soins d’ajouter toujours « …avec ta voiture également !». Je n’avais que faire de sa voiture après tout ! mon père n’en possédait pas une mais comme il était devenu instructeur de poids lourds, il pouvait disposer de son véhicule les fins de semaines et il nous emmenait parfois, ma mère et moi, pour des ballades et des excursions. A l’époque la ceinture de sécurité n’existait pas encore. Un jour, un coup de frein trop brusque, et j’ai compris sur mes propres dents qu’il eut mieux valu qu’il y en ait une, mais le tableau de bord du véhicule n’en garda pas la trace.

Ma mère ayant été élevée en langue française et souhaitant m’offrir la même chance, m’avait inscrit dans une école gardienne qui m’apprenait cette langue qui, bien que peu employée, avait la réputation de bonne école.

Contrairement à la plupart des autres gens, mes parents se plaisaient bien dans leurs pays. La nourriture était bien rationnée au besoin journalier et j’ai appris que plus tard les files étaient devenues longues devant les magasins,  que les autobus étaient bondés au point de devoir s’accrocher à la rampe, sans parler des mauvaises odeurs de transpiration par manque de produits déodorants. Mais il y avait aussi une franche camaraderie, le plaisir de partager le peu qu’ils avaient… il était d’ailleurs impensable d’aller en visite chez quelqu’un sans qu’on vous propose un verre d’eau fraîche accompagné souvent d’une cuillère de confiture faite maison.

On rendait souvent visite aux membres de notre famille qui n’était pas très nombreuse. Je me souviens de la bonne purée de ma tante dont mes parents m’ont révélé le secret que bien plus tard … la pomme de terre ayant naturellement une saveur sucrée, elle en relevait le goût en y ajoutant tout simplement une cuillère de sucre. Quand ma mère me prenait avec elle pour faire des courses j’en profitais toujours pour voler quelques pommes de terre à travers les grillages de la caisse en bois, que je lui tendais fièrement sur le chemin du retour pour qu’elle m’en fasse de la purée. Avec du recul je me dis qu’elle devait quand même les payer, car elle le prenait toujours de bonne humeur. Ironiquement elle soulignait parfois que j’ai été puni d’une marque de patate sur la fesse, une simple tâche de naissance qui en a par coïncidence la forme et rien de plus, me dis-je.

Pour quitter notre pays certains l’ont fait en traversant le Danube à la nage, d’autres comme mon grand-père paternel, du fait de son judaïsme, ont pris un visa légal pour rejoindre leur pays. Ce n’est que 6 ans plus tard, alors que j’avais 5 ans, que mes parents ont décidé de le rejoindre, ceci afin de me donner plus de chances dans la vie disaient-ils.

Nous voilà partis,  pour le second vol de ma vie (le premier ayant été inauguratif à la montagne), avec une valise par personne, dans un avion qui allait nous mener en Israël et faisant escale en Turquie. Mon père avait décidé de quitter l’avion sans valises pour demander l’asile politique chez les turcs afin de rejoindre le continent australien, mais ma mère s’y opposa par peur de l’inconnu. Arrivés en Israël, ayant du abandonner notre ancienne nationalité, nous devînmes citoyens Israéliens. Logés chez mes grands parents une nouvelle vie s’annonçait.

 

Bernés pas l’illusion de réussite que mon grand-père avait fait naitre, il nous reçu à bras ouverts en nous installant dans la maison ou il vivait avec sa femme. Mes parents trouvèrent par la même occasion un emploi dans la nouvelle affaire qui s’annonçait déjà comme familiale. Le vieil homme, toujours en quête du pouvoir perdu qu’il eut jadis en héritage, avait imaginé la fabrication d’objets touristiques faits à la main, qui se vendaient très bien et de plus ne coutaient pas grand-chose. Egoïste et insouciant, il s’est avéré par la suite que son affaire, nécessitant des ouvriers qualifiés et sous-payés, battait de l’aile et pour cette raison il appela son fils comme petite main pour le découpage du bois, se servant sans vergogne de la bonne volonté de ma mère qui travaillait 12 heures par jour à tracer les lignes blanches qui embellissaient ses œuvres commerciales. Ces articles se vendent encore, bien que fabriqués à la chaine, et représentent les vitraux des 12 tribus d’Israël réalisés par Chagall. Son idée très simple fût de coller sur des panneaux biseautés des reproductions de ces images pour lesquelles il ne paya jamais ni droits ni demanda l’autorisation (c’était chose courante et personne n’y prêtait attention à l’époque). Il les emballait ensuite dans une cellophane collée à l’arrière et les laissait se tendre au soleil afin de les habiller ainsi d’un effet brillant. Je me souviens que la maison en était pleine les jours ensoleillés, le lit, les tables, par terre, tout rayon était saisi pour donner forme à cet emballage. Voyant qu’il n’arriverait jamais à vivre ne fût-ce qu’aussi bien que par sa vie antérieure, mon père décida un jour de s’en détacher et se mit à son compte pour ouvrir une fabrique d’objets en plastic. Ne présentant aucune garantie les banques ne s’intéressèrent guerre à son projet. Têtu comme une mule il décida de se lancer en payant avec des chèques sans provision payables à 6 mois. Il acheta le nec le plus ultra, venu de Suède, et se lança dans la fabrication de caches d’interrupteurs et de mezouzot  (objet de culte juif placé à l’entrée des maisons). Bien que travaillant autant qu’avant, ma mère en tira néanmoins la satisfaction de le faire pour elle-même. L’atelier était petit, c’était en fait un garage. Il y avait une machine à mélanger les couleurs sur la gauche, une autre dont je ne me souviens plus la fonction à droite, et au fond le monstre qui façonnait la marchandise. Au centre des deux matrices, le mélange plastic qui était injecté pour façonner un ensemble de plusieurs articles, liés par un excédant de matière que ma mère découpait et polissait pour ensuite les emballer par cartons. Mon père effectuait les démarches commerciales et se chargeait des livraisons. Par la qualité de ses produits et du service il agaça la concurrence en place qui menaça ses clients de ne plus les fournir s’ils commandaient encore chez mon père. Etant donné qu’il n’avait que peu d’articles dans son catalogue il dû plier et liquida son affaire en couvrant de justesse les dettes qu’il avait contractées. Il pût quand même ressortir de cette histoire avec une belle voiture bleue de marque Opel dont il était très fier.

Il s’installa ensuite comme instructeur automobile, c’était sa vocation et sa passion. Les élèves l’adoraient, il obtenait le meilleur score de réussite aux examens ! Il commença à donner cours à ma mère quand il fût appelé au service militaire, la laissant entre les mains de son collègue. Un personnage nonchalant qui rétorquait tranquillement, quand par exemple l’élève montait sur un trottoir, que cette zone n’était simplement pas prévue pour les véhicules, ou quand elle passait au feu rouge qu’il était préférable de s’arrêter à cette couleur, sans parler des manœuvres qu’il ne réussit jamais à lui apprendre ! Profitant néanmoins de la sympathie de l’examinateur et par faveur envers mon père, elle obtint son permis, sans jamais avoir été capable de se garer entre deux véhicules ou d’effectuer convenablement une marche arrière.

A notre arrivée en Israël ma mère m’emmena pour m’inscrire à l’école primaire. Je ne sais pour quelle raison il était prévu que ce soit l’école anglaise, mais puisque les portes étaient fermées ce jour-là, elle frappa à l’école voisine. C’était l’école française des « frères ». Cela tombait très bien en somme puisque mon bagage précédent pouvait mieux me servir. Elle se laissa facilement convaincre par le directeur de m’y inscrire… à la grande surprise de mon père qui comptait que ce soit l’autre. J’ai toujours été un élève assidu, parmi les 3 premiers de la classe. Une seule fois j’ai dû monter sur ma chaise pour un devoir mal fait et une fois aussi me suis fait taper sur les doigts pour je ne sais quelle bêtise. C’était l’ancienne école, on frappait avec la latte, que ce soit sur les mains ou les fesses. Le directeur tournait sans cesse à l’affut d’élèves punis au coin ou sur leurs chaises, mais il ne s’aperçut pas de ma punition ce jour là. Quand il me voyait il me pinçait toujours le nez et me disait des mots gentils, sans doute a-t-il trop tiré dessus car aujourd’hui le petit appendice a pris des proportions moins mignonnes. En guise de récompense on recevait des bonbons, j’en aimais le gout mais partageais toujours avec la première de classe dont j’étais tombé amoureux, sans doute pour son esprit. Elle ne m’accorda néanmoins jamais un baiser et semblait même embarrassée devant la classe de recevoir ainsi ces cadeaux d’un prétendant … de 7 ans !

Bien qu’ayant toujours eu un vélo à la maison, j’ai appris à rouler à vélo très tard. Mes parents ont bien essayés de m’apprendre quelques fois sans jamais y parvenir. Ce n’est qu’à mes 9 ans que Zigmund (que j’appelais Zigoush), un ami très proche, me l’a appris en bas de notre immeuble. Je me souviens lui demandant s’il me tenait encore à l’arrière alors que sans réponse de sa part j’avais déjà trouvé mon équilibre tout seul. C’est de cet âge que j’ai le plus de souvenirs, les pires étant de ma dentition qu’on devait soigner fréquemment. La dentiste était gentille, elle offrait toujours des sachets de bonbons à croquer, que son mari fabriquait et pour en faire la promotion, pour avoir été sage. Cela n’arrangea pas mes affaires mais je sais aujourd’hui que les leurs étaient bien réglées de la sorte. Pour mon anniversaire de 9 ans mon père me laissa boire du vin rouge à volonté, ce fût la première et la dernière cuite  de ma vie ! Il me demande même de fumer, ce qui me permit de ne bruler ma première cigarette qu’à l’âge de 18 ans, et encore, pas par envie mais pour ne plus me laisser ennuyer par la fumée des autres ! Il était gentil mon père, ne sachant pas me l’expliquer lui-même, il m’acheta même un livre sur la sexualité. N’étant pas illustré par des images et l’histoire trop compliquée pour mon âge, j’avoue n’avoir pas été intéressé par le sujet et l’ai donné au fils d’un ami de la famille qui avait 18 ans. Il eut la délicatesse de m’enseigner néanmoins les rudiments de ce que ma femme me ferait plus tard, sans trop entrer dans les détails. Cette explication a dès lors suscité en moi un vif intérêt pour la question et je pense avoir été le lecteur le plus jeune du rapport Kinsley à l’époque de sa sortie. 

 

SUITE... 

Par nightowl
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Mercredi 14 décembre 2011 3 14 /12 /Déc /2011 23:34

J’ai toujours été fasciné par la science. Un jour mon père me fit découvrir, dans la vitrine d’un immeuble vitré, la première calculatrice tout public mais que je n’ai pu avoir que beaucoup plus tard du fait de son prix exorbitant. Plus tard aussi, après avoir découvert la logique binaire, découvert l’origine arabe des chiffres et appris que les Mayas comptaient sur une autre base, je me suis dit que le fait de penser dans une autre logique pourrait mener à imaginer une science différente, pourquoi pas en base 3… cette même réflexion me mena à envisager que chaque personne pourrait percevoir d’une façon différente une même couleur, ce qui n’expliquait pas le phénomène des daltoniens, mais plutôt celui des harmonies vestimentaires.

Nous étions très unis dans notre cellule familiale, pour ne pas dire dans notre famille, car bien que mes grands parents eussent disposés d’avantage de moyens et mangeait des mets à tous leurs repas devant nous, ma mère avec ses revenus modestes nous préparait des pattes de poulet que je suçais jusqu’à l’os devant le regard indifférent des vieux. Le seul souvenir généreux de la part de mon grand père fût le jour de mes 10 ans. Il m’amena dans une bijouterie et me laissa choisir un Magen David. Mon regard se porta d’emblée sur le plus petit, du fait de sa texture semblable à une broderie et portant une inscription bleue dans le centre. Il me suggéra d’autres, plus grandes, d’or massif ou encore plus modernes, mais bien qu’il s’avérât que ce soit l’étoile la plus chère, il dû s’en acquitter pour tenir sa promesse. Je ne me souviens néanmoins pas avoir porté le bijou bien longtemps, les pointes étant trop aiguisées me griffaient la poitrine. De plus je me suis aperçu, bien plus tard, que la couleur de l’or ne m’attirait que sur la toile, quand la peinture mélange de façon subtile les couleurs pastel et les paysages mystérieux et que l’imagination de l’artiste s’enrichit de paillettes dorées afin d’en accentuer l’image. Je garde néanmoins cet objet précieusement afin de le transmettre à mon fils en souvenir de son arrière grand père qu’il n’a jamais connu. Celui-ci partit un jour avec sa femme pour conquérir l’Espagne ! C’est que nos origines lointaines avaient dans ce pays des racines certaines, dont il ne connaissait malheureusement pas la substance… malgré deux comas d’un diabète qu’il ne soigna jamais et son maque d’amis, il renvoya sa femme en Israël à la charge de ses fils et partit pour les Etats-Unis pour faire fortune à 62 ans. Jamais on ne sut son histoire, si ce n’est que des voisins, intrigués par l’odeur putride, appelèrent les pompiers qui le trouvèrent mort dans une chambre d’hôtel de New York, sans un sou et sans personne. Sa femme quant à elle n’a jamais travaillé et se contentait de lire dans la mare de café. Elle arriva presque à me duper le jour ou, a mes 6 ans, elle tenta de me lire en me posant un tas de questions différentes et prétextant ensuite avoir lu des mystères dans sa marre. Depuis lors elle ne m’aima pas, préférant à moi mes cousines au sujet desquelles elle n’avait que des éloges. Il faut dire que mon oncle se maria avec une juive et se convertit au prix d’horribles souffrances, quelques temps après l’opération, tout en changeant de nom pour une meilleure intégration locale. Son ex patron avait vu en lui un avantage pour sa fille et arrangea qu’ils se rencontrent. Il n’avait qu’un vélomoteur à ce moment là mais ça n’empêcha pas la fille de s’en aguicher … pour son intérêt sans doute. Il reprit l’atelier de son père après son départ, qui n’était en somme qu’un garage, et perpétua la lignée d’encadreurs avec beaucoup de talent et d’imagination. Lors d’un voyage en France il découvrit les profils en aluminium, c’était une grande nouveauté dans le domaine. Il vit dans la légèreté de la matière combinée à la facilité de montage une opportunité incroyable pour son pays marital. Il faut dire qu’en Israël l’aluminium était chose courante, presque tous les stores des fenêtres étaient équipés de ces lamelles horizontales ayant l’avantage de non seulement occulter la lumière du jour, de faire office d’écran thermique par temps froid mais aussi d’empêcher le sable de passer lors des Khamsin. Il s’agissait juste de passer une commande à l’usine, basée sur le modèle profilé, dont l’extrusion était chose simple et le tour était joué. Ni droits, ni autorisations et il inonda le marché ! Il ouvrit une galerie d’art dont sa femme se chargea, mais n’acheta qu’une Sussita, première voiture populaire fabriquée en Israël. Je me souviens qu’un jour il nous rendit visite, quand nous vivions déjà en Belgique, cherchant comme toujours le produit rare dont il pourrait s’inspirer pour son affaire mais aussi à la recherche d’un diamant que sa femme lui avait commandé. Il s’arrêta devant une vitrine et admira une montre pour homme qu’il aurait aimé s’offrir mais de peur que sa femme ne le blâme, il n’osa se la payer. Il me fît pitié ce jour là, je ne comprenais pas pour quelle raison il avait à demander son autorisation alors qu’elle allait recevoir un cadeau valant dix fois le prix de son propre petit plaisir. Il faut avouer que sa femme pensa longtemps être plus maline que lui, il dû attendre sa grande majorité pour enfin lui tenir tête, après avoir pris lui-même conscience de ses propres qualités, tant humaines qu’artistiques. Malgré toutes ces choses de la vie personne de notre famille ne divorça jamais, il faut croire que le sens des responsabilités était plus fort et qu’on avait tous conscience de la force de l’union, même dans la séparation des idées. 

 

Suite : 18 décembre 2011

Par nightowl
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Dimanche 18 décembre 2011 7 18 /12 /Déc /2011 02:08

Israël ne fût pas le meilleur des souvenirs de mon enfance, n’étant pas circoncis et sachant qu’on appelait « goy » les gens de mon espèce en les abaissant, j’évitais même d’uriner en présence de mes camarades. Malgré l’enseigne catholique de mon école, la religion judaïque était imposée et comme j’étais moins bon élève dans cette branche,  mon père dû intervenir de force auprès de la direction en menaçant de ne plus payer, afin qu’ils ne soient plus regardants à mes notes en religion. Un jour il oublia de venir me chercher, ce fût l’horreur de l’attendre ainsi dans la rue, c’est qu’à l’époque les moyens de communication n’étaient pas ceux d’aujourd’hui. Quand il arriva j’étais si content que j’en ai oublié mon cartable sur le bord d’une porte. Le lendemain nous apprenions par les nouvelles qu’une équipe de déminage avait été affectée à la tache de le ramener à mon école… tout objet abandonné était suspect, mais les notes sur mon journal leur permit de nous le restituer intacte.

 

Parmi les aventures dont je me souviens j’ai vendu de la limonade avec deux potes en bas de notre immeuble, les gens aimaient bien voir l’esprit d’initiative de la jeunesse… fais une guerre de sarbacane contre tout le monde du haut de mon immeuble, au quatrième, et poussé même la rage jusqu’à équiper d’une aiguille à coudre la pointe de mes missiles en papier… ceci afin de me venger des tortures que les jeunes gens avaient pour habitude d’infliger aux chats errants les rues. Ils n’aimaient pas ces animaux en liberté alors que ma famille les adorait. Il arriva que l’une des nôtres, qui sortait le jour en liberté, revint empoisonnée juste avant de mettre bas. Elle mourut dans la souffrance, notre budget ne permettant pas de payer la piqure de grâce, ainsi que tous les petits déjà morts nés, entre les mains de ma mère. Autant dire que leurs projectiles par manque de souffle aussi haut ne pouvaient arriver, ils m’en ont voulu les bougres, et depuis lors je ne me souviens plus les avoir rencontré.

A l’étage d’en bas vivait une famille venue de France dont je m’étais lié d’amitié avec le fils de mon âge. Il fréquentait l’école du quartier et m’aidait beaucoup à apprendre la langue hébraïque, si bien qu’un jour à peine arrivés ma mère me surprit, alors qu’on était à trois à discuter, passant d’une langue à l’autre avec aisance, accents, et sans me tromper. L’hébreux est une langue très précise, l’accent d’une même sonorité change tout à fait de sens s’il est mal prononcé. C’est avec sa petite sœur que souvent je jouais, c’est que j’avais très jeune un sens très protecteur, que ce soit des choses ou des sujets. Sa mère laissait frère et sœur ensemble se baigner, sans jamais chercher à cacher devant moi la vue de leur nudité. J’étais curieux mais trop timide pour d’avantage demander. Un soir j’étais chez eux et ils me proposèrent de regarder ensemble des dessins animés, qui se dit en hébreux « dessins colorés » … ayant été appelé à table par ma mère je dû partir en racontant que c’était génial ! que les voisins avaient déjà la couleur ! l’affirmant même sans l’avoir constaté à ma mère qui ne pouvait y croire … c’est qu’à l’époque la télé en couleur n’existait pas encore et pour en donner l’illusion, certains plaçaient un écran fait de cercles colorés, devant la télé en noir et blanc.

Ma mère m’aidait tous les soirs, ou plutôt me torturait, pour faire ensemble mes devoirs que j’avoue n’avoir jamais aimé. Elle sortait parfois sa pantoufle faisant mine de vouloir me frapper, je courais alors très vite en criant « pardon-pardon-pardon » mais rien n’y changeait. C’est que les informations entraient toutes seules, sans devoir les noter, et celles qui n’entraient pas n’avaient aucune chance de se voir de force enfoncées. D’ailleurs même aujourd’hui je ne peux réciter la table de multiplication toute entière, calant sur celle de 7 parfois de 9, et pour le reste je n’y arrive qu’en ma langue natale, c’est l’horreur !

Les fins de semaines nous allions visiter ce petit pays qui était très beau. Une fois mon père perdit un bonbon et faillit nous tuer en s’abaissant pour le chercher, c’est que ma mère conduisait … à l’approche d’un carrefour en T à toute allure elle se dirigeait en demandant à mon père dans quelle directions aller. Comme il ne voyait rien il disait tout droit… jusqu’au moment ou il s’est levé, et heureusement que sa voiture d’écolage de la double commande était équipée… il freina de ses deux pieds et tira même sur le frein arrière et de justesse nous a sauvés…. Je vous passe les cris et les reproches, car en réalité, je n’écoutais rien par contre je sais que j’ai roté. Me reprochant ce vent même je dû m’en excuser en rétorquant que l’air devait bien sortir d’un coté, et que le rot sent moins mauvais.

Au nord des bains d’une eau limpide sortant de la roche formait une piscine glacée, tant qu’il fallait être fou pour y plonger. Mais une fois dedans personne n’arrivait à me faire sortir de la journée. Au sud un autre miracle, au plein milieu d’un désert aride, près de la mer morte une suite de chutes en cascades, de la verdure et des palmiers, ou également on se baignait. A la mer morte on s’enduisait de boue noire et on flottait sans couler. Une simple goute dans l’œil piquait très fort ! Une fois, ayant très soif et voyant les bouteilles d’eau dans le coffre de la voiture, je me suis empressé de boire l’une d’elles, c’était l’eau salée que ma grand-mère avait prévu pour tremper ses pieds. Pire que les yeux, quand l’estomac brule, je vous prie de me croire, qu’on se souvient de la leçon, d’abord goûter et ensuite boire !

 

Un voyage impressionnant fût celui à Jérusalem ou nous retournâmes souvent. Quand j’appris l’histoire de Jésus et foulé de mes pas les lieux saints. J’ai eu très peur devant la tombe d’où il ressuscita, imaginant que la pierre d’elle-même ne tombe et le verrais surgir devant moi…et ne sachant quoi lui dire.

Sinon les rues de la ville étaient géniales, des souks, des brols et des bazars, des églises des temples et une belle coupole dorée à l’or fin, et puis bien sur l’incontournable mur des lamentations. Certains y prient, d’autres se lamentent, on ne sait jamais très bien lesquels, mais le principe est bien connu qu’il est d’usage d’enfoncer un mot dans le creux des pierres en formulant un vœu pour le réaliser. J’en ai mis moi-même, comme tous ceux de ma famille, un message dont j’ai perdu le souvenir mais les pierres sans nul doute encore maintenant s’en souviennent. Je fis de même dans le creux d’un mur dans ma chambre, ce mot là je me souviens, qu’il était pour une fille dont je connaissais ni le nom ni le destin.

 

Notre immeuble sur pilonnes faisait partie d’un ensemble de constructions récentes, à droite on se dirigeait vers la ville et à gauche un désert de sable laissait voir au loin les bâtiments du centre, qu’on traversait comme des bédouins. Pour soukkot il était de coutume de construire des cabanes dans le sable que les voisins fabriquaient avec les planches des chantiers avoisinants, le dernier jour d’immenses feux donnaient lieu à une fête ou on grillait des pommes de terre en chantant. Je pense y avoir participé une seule fois.

Un beau jour de Yom Kippour, alors que tout le monde jeunait dehors et mangeait dedans, une alerte nationale retentit, annonçant l’appel des hommes valides au combat. J’ai pris conscience très vite qu’il ne s’agissait pas, une fois de plus, d’un simple entrainement car les familles étaient en pleurs, les enfants rappelés dans leurs foyers et les adultes partaient, l’arme à l’épaule, dans leurs quartiers affectés. Le pays tout entier était crapuleusement attaqué sur tous les fronts en ce jour de jeûne, mon oncle plus chanceux fût affecté sur le flanc Est, le plus tranquille et moins en feu. Mon père dans le régiment technique, devait réparer les chars touchés sur le front sud au canal de Suez, là ou les combats étaient les plus meurtriers. Il suivait la première ligne de près, si bien qu’un jour il vit un camarade exploser sur une mine alors qu’il était allé se soulager, et raconta qu’une autre fois, un arabe sans yeux se dirigea vers lui en demandant à boire. Je ne serai jamais en mesure de savoir s’il s’agissait de la vérité, d’un mirage ou d’un cauchemar qu’il aurait fait, mais toujours est-il que par après il n’a plus jamais été le même. Il reçu un traitement simple par lequel il refusa de se soigner, rendant la vie infernale à ma mère quand il rentrait. Il la traitait de tous les noms et la frappait, mais jamais elle ne céda et continua de s’en occuper. Ils avaient eu vent qu’à Jérusalem une église orthodoxe était chargée de guider les rescapés du socialisme en les envoyant dans des camps de réfugiés. Ce ne fût pas chose simple pour nous faire accepter, ca faisait déjà 5 ans qu’on y résidait et les procédures ne prévoyaient d’assister que les nouveaux arrivés, mais l’histoire que ma mère lui compta émût le père qui malgré les lois se débrouilla pour nous faire aller en Grèce, en vue d’aller au Canada.

Il faut dire aussi qu’auparavant mon père tenta de nous sortir du pays en allant seul en France pour travailler dans l’usine d’un ami d’enfance. Ce dernier l’a bien exploité, payé au noir, laissé dormir sur un matelas par terre, et après deux mois il dû se résigner, faire demi-tour et rentrer.

Ceci clos donc le chapitre Israël, dont après deux mois j’ai oublié la langue, tentant en vain encore maintenant de me souvenir et sachant très bien que la seule façon d’y parvenir serait d’y retourner pour quelques temps, c’est que j’apprends très vite les langues et d’autant plus une que je parlais. Ce projet m’a tenté mais j’avoue que finalement, la Belgique m’est très chère et le français me va comme un gant.


Petit retour en arrière, quand j’avais 5 ans mes parents me montrèrent les photos de leur mariage. J’étais très indigné de m’apercevoir que je ne figurais sur aucune d’elles ! Ils tentèrent de m’expliquer que je n’étais pas encore né mais je ne pouvais m’y faire, il était hors de question dans ma tête que je ne fusse pas présent lors de cette cérémonie ! J’avais beau dire que c’était leur mémoire qui faisait défaut, car j’étais bien là, et pour les convaincre j’ai posé à mon père une simple question « dis moi papa, qu’as-tu mangé hier ? » … à l’évidence il ne s’en souvenait pas ! « Alors comme ça tu ne te rappelles plus de ton repas d’hier et tu affirmes qu’il y a 5 ans je n’y étais pas ? ». Il rétorqua en disant à peu près ce mots la « regardes moi cette merde avec des yeux ! Comment pouvait-il savoir que je ne saurais pas ? ».


J’ai toujours adoré mes parents. Quand j’étais petit la seule chose qui me préoccupait était de leur faire plaisir. En ballade avec mon père, quand j’avais envie de rentrer le je lui disais « maman pleure ! » pour ne pas dire que je lui manque ou que j’avais peur.

Comme mon père voulait une fille il laissa mes cheveux longs, mais un jour chez le coiffeur, je me débattais tant qu’il en eut assez et demanda de tout raser à zéro. J’avais très honte avec ma boule et portais dès lors un chapeau, même à la mer, bien que la c’était préférable pour d’éviter le coup de soleil… Du mal je ne me souviens pas avoir eu peur, par contre je refusais l’idée de leur mort, m’imaginant que plus tard je travaillerais dans la recherche et trouverai le moyen de les rendre immortels, j’étais enfant, j’étais naïf !

J’étais obéissant, jamais je n’ai touché le feu pour vérifier s’il brûle, de ce fait j’ai évité plein d’accidents. Une seule fois j’ai ouvert ma tête, c’était en me relevant sous le pic d’une machine, ce n’était en somme qu’une pointe qui fit « pic » mais à la vue du sang je fus pris de panique. Une autre fois dans la cour de l’atelier de mon grand-père, m’amusant avec des allumettes j’ai mis le feu à la clairière. Personne ne sut que ce fût moi et depuis lors j’avoue ne plus jouer avec le feu, ce jour là j’avoue avoir eu peur ! Dans ce même atelier mon père un jour, un faux mouvement il prit son ongle dans la pierre d’un tour. Elle s’arracha toute entière, il saigna beaucoup, et c’est grâce à l’arnica qu’il se soigna sans garder de traces. A part ça jamais de casse, ce n’est que beaucoup plus tard, qu’une chute en moto brisa mon épaule gauche, mais on en reparlera.

 

Suite 7-8 janvier 2012

Par nightowl
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Samedi 7 janvier 2012 6 07 /01 /Jan /2012 04:12

Avant de partir en Grèce mes parents ont commencé à rassembler tout l’argent qu’ils pouvaient afin de s’en servir dans la prochaine vie. J’ai été retiré de l’école privée et terminé mon année dans la publique. Du fait que j’avais beaucoup d’avance sur la classe je me souviens que je répondais aux questions des devoirs directement après les avoir écrites, je n’apprenais donc rien de plus. Mes parents m’ont alors laissé libre d’école le dernier mois. Je faisais des ballades en vélo et je profitais un peu de la vie. Les potes de cette école m’ont demandé un jour de faire une farce, afin de pouvoir eux aussi sortir se promener. L’idée était très bonne, puisque mon ancienne classe se trouvait au rez-de-chaussée je devais jeter une boule puante et eux sortir du local pour respirer. J’ai donc bien jeté la boule, et au son de leurs cris j’ai vite compris que ce n’est pas toute la classe qui avait été évacuée, mais juste le professeur qui les avait enfermés! Je les voyais à la fenêtre en train de râler pour avoir de l’air, ce n’était pourtant pas ma faute s’ils n’avaient pas prévu que cela pouvait également leur arriver, j’avais juste voulu leur faire plaisir et c’était après tout leur idée.

Juste avant de partir j’ai assisté un jour au comptage de l’argent que mes parents avaient pu rassembler. Ils avaient tout changé en dollars, puisque c’était la monnaie internationale et qu’elle était sensée avoir de la stabilité. Voyant touts ces billets mes yeux n’ont fait qu’un tour, et ne voila t-il pas que j’en ai piqué un ! C’était un billet de 100 dollars mais je n’en connaissais même pas le pouvoir d’achat, je n’avais que 10 ans et j’étais plutôt naïf. Quatre ans plus tard je m’en voulais toujours de la bêtise que j’avais faite. Mes parents m’avaient envoyé en colonie d’été en Suisse, la première de ma vie en réalité, j’ai échangé les dollars en francs suisses et dépensé la majeur partie pour acheter des cadeaux à mes parents, une montre murale qui fait « coucou » typique et un cadeau pour ma mère, mais j’ai oublié ce que c’était. Avec le reste je me suis acheté un harmonica, sur lequel on joue des deux cotés, car je voulais apprendre la musique. Je l’ai toujours mais n’ai jamais appris à m’en servir pour en jouer.

 

Nous voilà donc partis pour la Grèce avec une valise par personne en guise de bagage de toute une vie. Je reviendrai sur certains détails du passé plus tard, car ils se sont dévoilés dans la vie de tous les jours après avoir écrit.

Nous sommes d’abord descendus dans un hôtel à Athènes, c’était en juin 1974 et il faisait déjà très chaud.  Je me souviens encore du nom car Demis Roussos en avait fait une chanson, il s’agissait d’Arcadia. C’était un hôtel propre avec une vue sur une rue non commerciale de la capitale. Nous y avons passé 2 mois en attendant qu’une place se libère dans le camp de réfugiés près de la mer. Dès le premier soir nous sommes partis tous les trois pour visiter la ville et avons tellement tourné en round sans prendre de repères que nous ne savions plus ou nous étions. Nous avons demandé à des passants s’ils connaissaient le chemin en leur posant juste la question « hôtel Arcadia ? » mais nous prenions leurs réponses pour un NON, il faut savoir qu’en Grec on dit « Ne » pour Oui et « Ohi » pour Non, comprenant le contraire, nous ne parlions pas un seul mot de grec encore. Jusqu’au moment ou nous avons trouvé une âme charitable qui nous a conduits jusqu’à l’adresse. Je suis certain qu’il s’était beaucoup éloigné de sa propre destination car nous avons parcouru la moitié de la ville derrière ses pas. Nous l’avons remercié mille fois et avons pris la précaution de nous munir d’une carte les jours suivants. Mes pas ont bien foulés 3 fois les ruines du Parthénon, c’est sans doute là que j’ai pris conscience du plaisir de visiter des ruines, sentir l’énergie qui se dégage encore de ces roches et m’imaginer les couleurs qui pouvaient orner les murs autrefois mais qui sont ternes aujourd’hui. Je ramassais toujours une pierre partout ou j’allais, d’ailleurs en y repensant je me dis que les responsables de l’entretient doivent certainement réapprovisionner quotidiennement le sol puisque la plupart des touristes en font de même, faut de quoi il n’y aurait que du sable à perte de vue, même les murs seraient démontés ! L’ONU qui nous soutenait dans cette aventure nous avait aussi alloué un budget quotidien pour les repas, ce n’était pas beaucoup mais ça nous permettait de faire des folies de temps en temps. En général on prenait un poulet rôti qu’on mangeait debout devant la rôtisserie, je m’en suçais les doigts ! Je me souviens que parfois on se payait des « souvlaki », ce sont des brochettes typiques qu’ils avaient pour habitude de servir dans une sorte de « pitta » grasse. Mon plat préféré était quand même le cochon de lait, mais vu le prix on ne pouvait se l’offrir que très rarement. Nous marchions chaque jour pendant des heures, si bien que mon pantalon qui n’était pas à la bonne taille m’irritait dans l’entre jambe et m’obligeait à marcher les jambes écartées. J’avoue aussi que j’ai toujours été de corpulence forte et mes cuisses se touchaient. Le 8 juillet, pour mon anniversaire, j’ai reçu cadeau une paire patins à roulettes que j’ai essayé pour la première fois dans un parc. Un garçon passant par là me demanda quelque chose, mais puisque je ne comprenais rien je n’ai pas prêté attention à lui, quand tout à coup il m’a mis le doigt dans le nombril en se marrant. Il a moins ri quand il s’est ramassé par reflexe une baffe, s’il y a un endroit de mon corps qu’on ne touche pas c’est mon nombril ! Il n’a pas demandé son reste et s’en enfui. Mes parents assistaient à la scène, assis sur un banc, en se marrant très fort… déjà que la scène ne devait pas être triste à voir un patapouf avec le ventre à l’air qui tenait mal sur des roulettes… Ce qui me rappelle une autre scène, à notre arrivée en Israël ma mère suivait des cours d’hébreux en cours du soir. Un jour j’accompagnais mon père et attendais dans la voiture qu’elle sorte, il s’était garé sur un passage entre deux routes, laissant assez de place pour que les véhicules puissent quand même passer sur le coté. Une voiture se met derrière lui et se met à klaxonner comme un forcené, sans doute pour lui demander d’avancer. Mon père lui signale, par un mouvement de bras par la fenêtre, qu’il peut passer, mais l’autre con ne n’entend pas de cette oreille et sort de sa voiture, mon père sort aussi. Il se met à gueuler en hébreux, mon père lui répond en roumain qu’il ne comprend rien, l’autre continue de plus belles et lui tend un doigt menaçant sous son nez, ni une ni deux mon père lui fout une baffe ! Il faut dire qu’il avait l’aspect d’Obelix alors que l’autre était un nain à coté de lui, mais il avait de la hargne. Du coup il se rappelle qu’il parle aussi roumain et dit à mon père, dans sa langue natale et tendant cette fois son doigt vers sa voiture ou était assise du coté passager sa mère, qu’il a de la chance qu’elle soit avec lui … la chance de quoi je me demande encore, sans doute qu’il vive encore ou plutôt de comprendre qu’il pouvait passer sur le coté sans vouloir jouer au justicier.

Parenthèse fermée, de retour à Athènes.

C’est dans cet hôtel que mes parents se rendirent compte qu’il manquait 100 dollars dans leurs comptes et ont conclu que c’était mon oncle qui les avait arnaqués car il avait acheté leur voiture avant de partir et payé avec ces billets. Un coup de plus sur ma conscience venait de tomber. Un jour je suis monté sur le toit de l’hôtel pour admirer la vue et surpris un jeune à sa fenêtre en train de se masturber en regardant avec des jumelles vers l’immeuble d’en face. J’avais beau avoir une vue parfaite, sans jumelles je ne voyais rien. Je suis resté un moment à l’observer en évitant son regard et cela m’inspira une idée. Puisque j’avais moi-même l’habitude de me masturber dans les toilettes communes se trouvant dans le couloir, j’ai ouvert la fenêtre et remarqué les jambes d’une jeune fille qui pendait le linge dans son balcon. Je ne voyais pas son visage mais à travers les grilles du balcon sa peau laissait deviner qu’elle était jeune et l’idée qu’elle puisse m’observer m’excitait beaucoup. J’ai deviné qu’elle m’avait vu, elle est rentrée et ressortie avec sa mère, qui ne trouvait pas ça drôle du tout. Ce qui ne m’empêcha pas, tout de même, de terminer ce que j’avais commencé, c’était ma devise et c’est resté.

D’autres familles arrivaient en permanence dans l’hôtel et l’une d’elles, avec une fille unique, allait bouleverser ma vie. Elle s’appelait Roaxane, un nom déjà prédestiné à l’adolescent que j’allais devenir et qui allait lui écrire 100 poèmes. Il y avait une autre famille avec une fille et un fils, il s’appelait Freddy. Ses cheveux blonds et son visage diaphane m’ont inspiré pour le surnommer Jésus. Ce petit con aussi, pour je ne sais quelle raison, s’est pris un jour à mon nombril, mais puisque je le sentais aussi rôder autour de Roxane, ce n’est pas une baffe qu’il s’est ramassé mais un coup de pied dans les burnes. C’était un réflexe involontaire, mais en plus il est allé se plaindre chez ses parents le lâche, qui s’en sont pris aux miens, argumentant que leur fils pourrait bien perdre sa fertilité, comme si on pouvait lui en greffer d’autres si ça avait été le cas. Tant mieux j’ai pensé ! … il laissera ma Roxane tranquille ainsi.

Des trois familles nous avons été les premiers à arriver dans le camp, un mois plus tard ils ont suivi. Nous étions logés au dernier étage, il faut dire qu’il n’y en avait que deux. La chambre était petite, elle devait faire 7m², avec 3 lits d’un genre militaire. Une petite table, 3 chaises mais aussi un balcon commun à toute la rangée, qui donnait sur une superbe vue sur la mer. La cantine se trouvait dans l’immeuble d’en face, au rez-de-chaussée. Le premier jour nous avons suivis les autres, chacun prenait une assiette quand elle arrivait. Ce jour là on servait du poulet, pour ne pas changer. J’avais presque 11 ans mais très petit de taille, et quand j’ai vu une cuisse j’ai attrapé l’assiette de suite. Un adulte sans vergogne, préférant aussi cette partie de l’animal, n’a pas hésité de me l’arracher des mains, j’ai donc dû manger de la poitrine. Voyant le spectacle ma mère s’est fâchée et décida de préparer elle-même les plats depuis ce jour, sur un chauffe-plat électrique qu’elle avait acheté, avec les ingrédients que le cuisinier lui remettait tous les matins. Non seulement on mangeait plus tranquilles, mais en plus c’était bien meilleur car elle savait bien assaisonner et cuisinait avec amour.

Certaines autres familles ont suivi l’exemple mais les compteurs électriques ne résistaient pas toujours à consommation excessive aux heures de table, ils sautaient donc souvent. Je suis alors devenu le réparateur occasionnel et pour déterminer le fusible brulé je tâtais avec mes doigts, quand je sentais une décharge c’est que ce n’était pas le bon, jusqu’au moment de trouver celui qui avait brûlé. Je ne connaissais pas le danger de mon geste mais un parent qui était professeur de métier l’a remarqué et m’a proposé un deal. Il voulait m’apprendre l’électricité et en échange il m’offrait un voltmètre pour ne plus m’électrocuter. J’ai beaucoup aimé ses leçons, il m’a aussi remis un livre avec les rudiments de base, et plus tard j’ai appris le reste en m’amusant à construire des gadgets, mais j’étais déjà en Belgique. Cet homme avait une fille unique qui s’appelait Anca. Je me souviens du jour de leur arrivée dans le camp, elle habitait juste en dessous de notre chambre et l’ai repérée un jour en regardant par le balcon. Elle était brune, avait mon âge mais plus grande de taille, et avait déjà une petite poitrine révélatrice d’un intérêt. Nos voisins avaient également une fille unique qui se nommait Eva. Ses parents avaient trouvé un nom pour le chat que ma mère avait adopté un jour car chez nous on les appelait toujours « poupous » ou « pussi », celui-là fût nommé « tzilou ». Il était d’un beau poil gris et je pense de race mais était abandonné. Nous étions les seuls à avoir apprivoisé un chat dans le camp et nombreux sont ceux qui l’aimaient. Un jour en rentrant d’une promenade, j’ai vu des traces de sang sur les marches de l’escalier qui menaient vers notre chambre. En entrant j’ai vu ma mère en sanglots et le chat qui tremblait dans son panier avec un bandage à sa queue. Un enfoiré la lui avait coupée, je pense même savoir quel était cet enfoiré d’ivrogne ou peut être le schizophrène qui était sous traitement mais dans même pas interné. Il a survécu à cette amputation mais avait du mal à trouver son équilibre, ca nous faisait rire par la suite de le voir déambuler sur les murs, et moi j’ai juré la peau de ce connard lui souhaitant qu’on coupe la sienne un jour pour qu’il vive à son tour ce qu’il avait fait.

Je parlais avec Eva en anglais et je la voyais souvent car elle venait jouer avec mon chat. Comme j’avais remarqué qu’elle avait fait la connaissance d’Anca j’ai profité de cette recommandation pour faire connaissance avec elle et très vite en suis tombé amoureux. Ne sachant embrasser ni l’un ni l’autre, c’est Eva qui lui montra comment faire devant mes yeux ébahis avant que Anca ne me transmette à son tour la connaissance, j’étais enfin au paradis !

On passait nous journées à se rouler des pelles devant le regard que je devine aujourd’hui jaloux d’Eva. Un jour Anca m’a demandé d’embrasser également sa copine car elle en avait envie mais j’ai refusé, voulant ainsi lui montrer ma fidélité. Je l’ai bien regretté plus tard, après le départ d’Anca, quand j’ai essayé une tentative d’approche auprès d’Eva, elle n’en avait bien sur plus envie. Par contre Peter, celui avec les jambes poilues, y arrivait. Il faut dire que même Anca me parlait de lui avec envie. J’avais reçu cadeau un vélo pour mon 12ème anniversaire avec l’argent que ma mère avait gagné en travaillant parfois au noir dans les cuisines d’un grand hôtel au Cap Sounion, ou se trouve le temple de Poséidon. Lors d’une de mes ballades solitaires j’avais repéré dans les bois un matelas qui avait encore les traces des fesses qui avaient dû s’y poser lors du dernier usage. J’en ai parlé à Anca qui était très intéressée de visiter ce lieu aussi. Me voilà donc parti avec elle sur le cadra de ma bicyclette, j’avais très dur dans les montées car en plus d’être plus grande elle n’était pas légère. Un passant nous a remarque et j’ai devinait qu’il nous suivait, sans doute souhaitait-il également assister à notre aventure, mais dans la descente je l’ai semé. Arrivés sur place on resta à admirer le tableau du matelas, il était  portait toujours la marque que j’avais vanté. Comme personne ne prit l’initiative, nous sommes donc rentrés et n’avons rien fait. Un autre jour les deux copines m’ont proposé d’aller prendre notre douche ensemble, j’avoue que j’en phantasme encore aujourd’hui, mais timide comme j’étais je n’ai pas osé les rejoindre. Une autre fois c’est tout un groupe de filles qui sont venues m’observer quand je prenais ma douche du coté hommes, les unes regardaient par l’ouverture du bas de la porte, d’autres par-dessus le muret. Je me suis tellement fâché que je leur ai couru après, mais ne les ai pas attrapées. Un autre jour en rentrant des douche j’ai surpris Eva qui refermait la porte du couloir, elle était restée grande ouverte et juste devant moi l’ai vue sortir toute nue en faisant des bonds pour attraper la poignée et disparue en refermant la porte. Ses seins n’étaient pas grands mais de très belle forme et ils se secouaient au rythme de ses bonds. Je n’ai caressé les seins d’Anca que le dernier jour avant leur départ, nous étions assis dans un coin de la chambre à l’abri des regards et nos parents discutaient à table. C’est elle qui a commencé à me caresser la poitrine m’encourageant de la sorte pour entreprendre le mouvement de mon coté. Nous nous sommes beaucoup embrassé ce soir là et j’ai mis beaucoup de temps à me remettre de son départ que les circonstances avaient forcé. Je comptais la revoir très vite puisque notre pays de destination était le même, elle arriva au Canada et peu après mon père fit sa dépression. Je me souviens de cette journée comme la plus noire de ma vie. J’étais en train de pêcher sur le bord de la mer et j’ai vu les volets de notre chambre se refermer. En rentrant ma mère m’a annoncé que mon père s’était enfermé dans la chambre tout seul et qu’il se prenait pour Jésus… c’était le drame ! Trois jours plus tard les forces spéciales sont venues pour défoncer la porte mais il est sorti tout seul, tout fier, avec une bible dans les mains. Il s’était rasé les sourcils et disait qu’il fallait regarder le soleil dans les yeux car il avait beaucoup à nous apprendre. Il fût interné dans un asile à Athènes, a même dû subir des électrochocs et nous est revenu quelques mois plus tard dans un état végétatif. Nous allions presque partir au Canada, le visa était accordé et nous n’attendions plus que le billet d’avion, mais cet événement bouleversa tout et le visa lui fût refusé. Ma mère avait le choix entre partir avec moi et le laisser en Grèce ou attendre une autre solution. Elle a fait le seul qu’elle pouvait, prenant la responsabilité de son mariage, elle est restée et de ce fait nous avons passé trois ans en attendant un autre visa, mais j’y reviendrai plus tard.

Dans le camp chacun à son tour devait effectuer des tâches d’intérêt commun, ma mère prenait souvent le tour de rôle des personnes qui estimaient ce travail comme dégradant. Elle éplucha donc bien plus de patates que les autres, mais en échange le responsable lui donnait les meilleures choses pour sa famille. Mon père faisait lui aussi sa part en jardinant à son aise. On donnait des classes d’anglais aussi, j’y ai participé quelques fois mais vite compris que j’allais mieux apprendre avec les autres enfants qui le parlaient déjà. Mes parents on suivi plus de leçons mais n’ont jamais su parler anglais… Malgré notre situation familiale instable, ces années ont été les meilleures de ma vie ! Il n’y avait bien sur pas d’école, si bien qu’avec le temps j’ai fini par oublier même ma table de multiplication, mais je m’en foutais, la vie ne faisait que commencer ! Le soir une salle commune servait aux gens pour se réunir. Certains regardait la télé, d’autres jouaient aux cartes, ailleurs on se réunissait pour parler. Il y avait aussi une table de ping-pong sur laquelle j’ai appris à jouer de la main de deux champions de Roumanie. Ils étaient jumeaux et j’avais été fasciné en les regardant jouer ensemble. J’ai bien sur d’abord commencé avec des amis de mon âge mais puisque j’apprenais vite ils m’ont repéré et on prit du temps pour m’apprendre. J’avais commencé par savoir donner de l’effet et très vite j’ai joué à 3 mètres de la table dans un jeu offensif et rapide. J’avais remarqué un truc, que je doute être autorisé en compétition officielle… ils portaient des chaussures à talons et frappait un coup du pied juste un instant avant que la balle ne ricoche sur la table de l’adversaire. J’ai donc aussi demandé de telles chaussures, ca aidait à gagner ! J’avais également fabriqué ma propre raquette en récupérant le bois d’une toute pourrie et dépourvue de revêtements en caoutchouc. En me promenant un jour sur un chantier naval assez éloigné j’ai trouvé des bouts d’une matière élastique et m’en suis servi pour ma raquette. Cette matière dont le pouvoir rebondissant devait certainement être trois fois plus élevé que les officielles accélérait les balles, bien qu’étant difficile à maitriser. Ce n’était pas correct mais je me suis dit que les autres n’avaient qu’à en faire autant s’ils pouvaient, encore fallait-il qu’ils trouvent la matière, et comme la plupart ne bougeaient pas leur cul toute la journée, personne n’allait pouvoir. Je me suis fait des amis de plein de pays différents, avec certains je parlais ma langue natale et les autres l’anglais, évitant l’hébreux et l’oubliant très vite. Le français n’étant parlé par personne dans le camp, j’ai vite fait de l’oublier aussi. Mon premier ami s’appelait Gabriel. Son père était bizarre, on le surnommait le marin car il était destiné à naviguer vers un destin grandiose et se passionnait pour la magie. Son langage était assez vulgaire, il traitait tout le monde de « hé » et sa femme ressemblait à une baudruche de bas quartiers. Avec Gabriel j’ai découvert des tours de magie, c’est son père qui lui avait appris. Il y en avait un pourtant qu’il ne voulait pas me céder, il s’agissait de pouvoir retrouver des paires se cartes retournées dans 4 rangés de 4 cartes, le truc je vous le donne, ce sont 4 mots latins qu’il faut juste retenir « NOMEN – DEDIT – MUTUS – COCIS », pour le tour vous n’avez qu’à Googler. J’ai dû l’échanger contre mon tour personnel que je croyais m’appartenir, je lui ai appris à se masturber. La découverte lui fût agréable, si bien qu’un jour alors que nous faisons une sieste seuls dans ma chambre, il me proposa de s’entre-aider. J’ai trouvé ça plutôt agréable mais quand même dégouté par le fromage qui se colla sur mes doigts quand à mon tour je l’ai touché, il ne s’était pas lavé ! 

Le village était un ancien port de pêche et beaucoup de gens pêchaient sur le bord des débarcadères, vestiges du temps ou des bateaux venaient s’y amarrer. N’ayant pas le moyens de m’acheter une canne, j’ai pris une tige de bambou et trouvé un hameçon, me voilà donc pécheur moi aussi. Un couple de pensionnés qui venait toutes les semaines se prit de sympathie pour moi, en me voyant si stoïque et déterminé avec mon bâton, et m’a appris le secret de l’appât. C’était un mélange de pain sec, de fromage, de sardines auquel j’ai ajouté moi-même un ingrédient personnel, de l’huile de foie de morue, car je l’avais sous la main pour accélérer ma croissance. Je revenais tous les jours avec une quarantaine de petits poissons que ma mère me préparait à la poêle, c’était délicieux ! Un français m’a également abordé un jour, il était étonné par la quantité de poissons que j’attrapais avec mon semblant de canne alors qu’il avait la panoplie complète du pêcheur riche et n’attrapait pas grand-chose. Avec lui je me suis souvenu des rudiments de la langue française. Je lui ai donc remis mon truc, plutôt ma recette, pour préparer son appât et sans rien demander en échange il me proposa de le revoir le lendemain, à la même place, pour me donner une canne. Dans mon esprit je la voyais juste comme une plus droite et grande fût ma surprise quand il arriva le lendemain me tendant une canne à emboiter, en 3 partie. Je me sentais le roi du village, je n’attrapais pas plus de poissons avec ça mais le plaisir et la légèreté étaient différents. Un jour il nous invita tous chez lui, quand je dis tous c’est avec ma famille. Mes parents étaient un peu inquiets mais le repas fût excellent. Par la suite on l’a revu souvent, il payait toujours les additions car il en avait les moyens. Il était ingénieur et était venu pour construire une centrale électrique, un accord entre la France et la Grèce à l’époque, mais sa femme et ses enfants étaient restés en France. Quand il a fini son contrat il nous appela une dernière fois pour nous dire au revoir et me faire cadeau de tout son équipement de pêche, il y avait de quoi équiper tout le camp, et nombreux sont ceux qui venaient m’en emprunter quand ils voulaient pêcher, avec le temps je devenais le centre de service des réfugiés. Je collectionnais aussi les revues érotiques, il y avait mêmes des pornographique dans le tas. Je n’avais pas 12 ans que j’étais devenu la librairie des célibataires. L’un d’eux, ayant repéré chez ma mère des sachets de Nescafé usa d’une ruse pour en avoir. Il me montra une pierre dorée, et pour me prouver qu’il s’agissait bien d’or il me prouva qu’elle est si dure qu’elle griffait même les vitres ! Me disant qu’il avait forcément raison, j’ai piqué la moitié des sachets de ma mère pour échanger contre ce trésor dont j’étais certain à l’époque. Ce n’est que plus tard, avec un autre ami très cher qui s’appelait Peter, que j’ai trouvé la mine de ce fameux minerais, il s’agissait de Pyrite, plus communément appelé « l’or des fous ». Je mélange un peu les époques, mais dans mes souvenirs cette période ne dura qu’un jour et les mois se mélangent. Un soir j’étais assis avec Roxane sur des matelas au fond de la salle commune et en prenant mon courage à deux mains j’en ai mis une sur son sexe. Elle portait un Jeans moulant mais je sentais quand même qu’elle trémoussait sans même oser me regarder. Tous les jours j’essayais de l’embrasser mais elle se jouait de moi, je devais donc lui en voler un de temps en temps. Gabriel était sur le coup aussi mais je ne sais pour quelle raison c’est le petit con de « Jésus » qui fût le seul à y arriver. Comme j’étais dans tous les coups, j’ai aussi fait collection de clefs. J’avais un gros trousseau et l’une d’elles s’avéra ouvrir toutes les portes. J’ai profité un jour quand l’une des chambres était vide pour proposer à Gabriel et à Roxane d’aller y faire un tour la nuit. Elle se retrouva donc dans le noir, assise sur le lit, avec un garçon de part et d’autre. De mon coté c’était le désert mais de l’autre il avait les mains baladeuses, je n’avais sans doute pas compris que c’était à moi et pas a elle d’entreprendre le mouvement. Roxanne avait une tête de plus que les autres de son âge, j’étais donc très petit à ses cotés. Elle avait une amie beaucoup plus jeune et que je devine plutôt intime. Cette dernière s’intéressa un jour à mon sexe, il faut dire que je jouais avec son petit frère et un autre ami de mon âge qu’on s’était fait. Elle venait souvent sur mes genoux, ce qui me plaisait beaucoup, et faisait des bêtises exprès sachant que j’allais la punir en lui mettant un bâton entre les cuisses, ou a défaut un doigt. Un jour on était avec son frère et il voulu lui montrer mon sexe mais devant lui elle n’osa pas regarder, faisant mine de lire un livre, et jetant un regard furtif en tournant les pages. J’ai donc prié son frère de faire un tour et lui ai demandé si elle voulait voir. Elle ne se fit pas prier mais prit peur en voyant son épaisseur. Il faut dire malgré ma petite taille il avait suivi une croissance prématurée. Elle refusa de me montrer à son tour le sien, prétextant que sa maman lui avait dit de ne jamais le faire … cela ne l’empêcha pourtant pas de me toucher, mais refusa d’y gouter. Elle découvrit aussi ce que masturber voulait dire en me regardant le faire mais s’éloigna avant que je n’arrive à jouir. Dans la chambre d’à coté vivait une famille de musulmans qui n’avait que des filles et je bavais pour l’une d’elles. Je m’en veux toujours de ne pas avoir essayé de l’approcher, alors que ses deux grandes sœurs m’ont demandé un jour si j’avais déjà vu des seins, et là encore j’ai répondu comme un con que cela ne m’intéressait pas, ayant trop honte pour leur avouer que je mourrais d’envie de voir les leurs, elles étaient en plus mignonnes et bien fournies. Vous avez donc deviné, j’étais maladivement timide avec les femmes, j’en avais peur autant que j’en avais envie, mais je n’arrive pas à savoir pour quelle raison aujourd’hui. Avec les garçons par contre c’était facile, j’arrivais toujours à faire jouir les autres mais eux n’arrivaient pas malgré tous leurs efforts. L’un d’eux me proposa un jour une fellation, je ne l’ai pas refusé, mais ensuite il me proposa d’avantage et j’avoue que l’idée de m’emmerder me dégouta tellement que j’ai refusé. Pour ma part ça ne me tenta jamais non plus. A présent que la parenthèse sexuelle est momentanément refermée, je reviens sur mes aventures réelles, celles avec un grand V.

Avec Peter on décida un jour de construire un radeau. Pas loin du port de pêche il y avait des ruines, vestiges de cabanes de pêcheurs, et des bouts de bois parterre. On a trouvé de clous et pris une des portes pour en faire une assise. Il était presque fini qu’on voit un jour un type qui nous fait signe de nous approcher. Peter étant plus grand s’approcha en premier et le mec lui fout une baffe, il n’a pas demandé son reste et a couru à toutes jambes, moi par contre je suis resté, sans doute pour tenter de comprendre la raison de son geste, car je parlais déjà le grec plutôt bien et pouvais communiquer. Il m’attrapa par la peau du coup et me conduisit au commissariat de police, prétextant qu’il nous avait attrapés à casser les vitres des ruines, il se disait en être le gardien. Une enquête fût ouverte mais rien ne pouvait prouver qu’on n’y était pour rien, et c’était vrai qu’on n’avait rien cassé, mais quand un enfoiré peut trouver un pigeon pour payer les dégâts des autres, il faut croire qu’il ne se gêne pas pour le faire. Mon copain a dû se dénoncer ainsi qu’un troisième qui faisait partie du projet, et à présent que j’en parle je ne peux pas jurer qu’il n’était pas le coupable, mais s’il l’a fait c’était derrière notre dos, par contre de Peter je peux jurer. On avait le choix entre un dossier ou payer les dégâts. Les parents ont finalement trouvé un accord en remettant en place la porte et faisant disparaître le radeau sur lequel on n’a jamais navigué, mais aussi en payant un dédommagement aux propriétaires, c’était très dur pour mes parents car ils comptaient sur le peu d’argent qu’ils avaient économisé pour refaire leur vie.

Avec Peter on partait souvent visiter les environs, on allait parfois très loin en quêtes d’aventures. Je m’étais découvert une la passion pour le cristal et autres pierres semi-précieuses. Munis d’une lampe de poche chacun, nous partions à la découverte de cavernes, ou plutôt de grottes que l’homme avait creusé, donc des mines. On passait des heures sous la terre à explorer les labyrinthes creusés, en laissant comme point de repère des cailloux en forme de flèche qu’on trouvait sur le parcours et indiquant la direction qu’on avait prise afin de retrouver notre chemin de retour. Nous ne nous sommes jamais perdus, mais à y repenser on était totalement inconscients au point de ne même pas prévenir nos parents de nos projets, en cas d’accident personne n’aurait pu nous retrouver !  Un jour nous avons trouvé un cratère assez profond en forme presque parfaite et j’imaginais que des hommes des cavernes avaient dû s’abriter sous les roches d’une taille naturelle. Peter pensait que c’était un grand météorite qui s’était écrasé là il y a fort longtemps, ce jour là il décida qu’il allait devenir archéologue. Il racontait les histoires tellement bien que je lui ai conseillé de devenir écrivain, j’adorais l’entendre me raconter ses rêves, ils semblaient provenir d’une autre planète, étaient très colorés et riches en aventures. Malheureusement il devînt informaticien, je l’ai revu adulte et il me sembla blasé, l’aventurier séducteur que j’avais connu avait disparu derrière l’écran d’un produit de la société américaine. A l’époque il avait projeté d’aller vivre au Canada, à Toronto, et grand bien lui a pris d’avoir cette idée, en espérant pouvoir lire aujourd’hui une de ses histoires et peut être me remémorer ces moment qu’il m’a fait entrevoir. Je l’admirais pour son charisme mais le jalousais pour les poils qu’il avait déjà sur les jambes dont j’ai parlé plus tôt, j’étais sur qu’il s’agissait là du secret de son succès avec les filles. Un soir nous nous sommes retrouvés avec une de 18 ans, il était assis sur le lit et elle allongée sur ses genoux, moi de coté lui faisais un massage, elle appréciait et me laissa même me hasarder jusqu’à ses seins. Mais Peter ne l’entendait pas de cette oreille et me demanda de sortir faire un tour pendant qu’il allait découvrir ce qui différencie les femmes des hommes en allant explorer les prémices de qu’il prétendait allait être son futur métier, docteur. C’est au niveau des hanches qu’il avait décelé une différence et comptait bien explorer cette région, en bon archéologue qu’il était déjà. J’étais comme un con dans le couloir quand j’ai vu le père de la fille arriver pour la rechercher. C’était un bonhomme tassé, moche et à moitié chauve, toute la famille était du cirque et il faisait le clown, sa fille était acrobate et contorsionniste et sa femme je ne sais plus. Il était déjà trop tard pour prévenir mes amis, heureusement que le vieux était myope en plus de tous ses autres ravages, il ouvrit la porte et ne décela rien, ou alors c’est encore moi qui me fait un film et qu’il était ravi… Sa fille me taquinait souvent, elle aimait s’assoir sur moi et me sentir bander, mais elle ne me proposa jamais d’avantage, et moi non plus j’avoue. Un jour j’étais avec elle à la plage, elle avait un fiancé grec avec lequel il était question de se marier, je me souviens de la scène mais ne peux rien voir, je sens juste qu’il tentait de me suggérer un jeu auquel je n’ai pas participé. La plupart du temps j’allais nager, mais toujours avec des palmes. Je ne voyais pas pour quelle raison je devais me fatiguer sans elles et la vitesse était bien plus élevée, sans parler du fait que j’avais aussi un masque et un tubas et j’adorais explorer les fonds marins. Je pêchais aussi à l’arbalète, un autre cadeau du français. J’aimais beaucoup plonger et appris à le faire avec des palmes, imaginez-vous la scène du canard qui court pour plonger plus loin, c’est presque ça. Il y avait un pont très haut qui servait auparavant à remplir les bateaux de minerais. Nombreux sont ceux qui s’y aventuraient pour tenter de plonger, pour ma part je n’en voyais pas l’utilité, je montais bien pour voir le paysage mais pas question de se jeter ! Un grec avec un physique d’Apolon faisait parfois un plongeon magistral, devant le regard admiratif des usagers de la plage, qui était en fait un tas de cailloux, raison de plus pour porter mes palmes, ca faisait de la sorte moins mal aux pieds. Le fameux célibataire qui m’arnaqua avec la Pyrite tenta un jour aussi de plonger, il se ramassa l’eau sur la joue et toucha le fond par la vélocité. Je ne vous dis pas sa tête ! déjà heureux qu’il a survécu, il aurait pu se briser la nuque, il avait d’une part mal calculé la profondeur et d’autre part mal serré ses bras en pointe et pas pensé à garder la tête bien droite entre ses épaules. Je l’aimais bien quand même et ne pense pas une seule seconde qu’il eut mérité d’être puni de m’avoir dupé, mais maintenant que j’y repense un doute s’installe, je m’en excuse pour lui. Il y avait beaucoup de numéros dans le camp, tout le monde ne faisait que râler, ils disaient qu’ils avaient touché le fond. De l’autre coté ma mère leur sonnait les cloches en les traitant de crétins, dans quel film pouvaient-ils espérer vivre au bord de la mer, dans un pays magnifique, tous frais payés !? Eux prétextant que la chambre était trop petite, comme si on leur demandait de rester enfermés ! Le père de Roxane était le plus grand numéro, tous les soirs il rassemblait du monde pour tailler une bavette. Il appelait cette séance « la gymnastique du cerveau » il parlait tellement que personne n’avait le temps d’en placer une, et une fois qu’il avait terminé il partait de coucher. Les autres en ont eu vite marre de lui permettre de faire seul sa gymnastique et ont formé des groupes à part. On l’appelait le Baron Münchhausen tellement il avait d’histoires, il racontait qu’il avait été capitaine d’un grand navire, qu’il était aussi ingénieur et chimiste et inventé plein de choses, qu’il avait séjourné en prison pour je ne sais plus quelle cause. Je me souviens qu’un jour en lui parlant au Canada, il me raconta aussi de quelle façon il arrivait à trouver une satisfaction dans le milieu carcéral, il se retenait de pisser. Il disait que cette joie lui a permis de tenir le coup car il n’avait aucun autre plaisir. J’avoue avoir essayé un temps dernièrement mais puisque je ne suis pas en taule, à défaut d’autre chose je préfère encore me masturber que de risquer de mouiller ma culotte. Lors de ce voyage que je fis plus tard j’ai pu me rendre compte qu’il ne racontait pas d’histoires, il était tout ce qu’il disait, mais ca semblait tellement irrationnel pour certains qu’ils ne pouvaient pas le croire. De même quand j’ai repris un travail en 2002 dans un atelier et que je racontais mes propres histoires à mes collègues, j’ai senti être dans la peau de cet homme, pareil, personne ne me croyait.

Le soir on regardait la télévision dans notre chambre, c’était une petite télé portable que mon père m’avait offert quand j’avais 9 ans. Elle a aussi une histoire, je devais me faire extraire une molaire et j’avais très peur, d’ailleurs ce n’était pas difficile de deviner cet état en moi, je n’arrêtais pas de parler dans la salle d’attente. Mon père donc, pour me donner du courage, bien que souhaitant m’offrir une télé  pour mon anniversaire, usa de ce subterfuge pour me faire accepter de me soigner la dent. J’ai bien sur choisi la plus petite, et comme avec la croix de David, vous pensez bien que c’était également la plus chère. Une promesse étant une promesse il me l’acheta quand même.

 

Suite  20 janvier 2012

Par nightowl
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Vendredi 20 janvier 2012 5 20 /01 /Jan /2012 01:48

Dans le camp j’avais pris l’habitude de dormir dans le lit double aux cotés de ma mère, mon père ronflait très fort et dormait derrière un meuble haut qui faisait office de séparation en même temps. De ce fait, et pour rester discret, j’ai développé une respiration profonde sans qu’on n’entende mes soupirs avant de m’endormir. Un jour on regardait la télé, Nana Mouskouri donnait un concert que je souhaitais enregistrer, mais comme mon petit appareil portable n’était pas encore équipé à l’époque de connexions directes, je devais prendre le son via le microphone en le plaçant devant la télé. Comme mon père ronflait trop fort j’ai donc eu l’idée de pendre une couverture devant son lit, il était de la sorte un peu plus isolé. Je n’avais pas d’heure pour me réveiller, si bien que je faisais mon programme quotidien au jour le jour, selon la météo ou les propositions d’activités communes qui surgissaient en permanence. Je me souviens des jeux de cache-cache à grande dimension. Le camp était conçu en deux parties, nous occupions celle qui faisait face à la mer et le bâtiment d'en face était en travaux, donc désaffecté, sauf en bas ou il y avait un coin jardin et la cantine. Pour nous cacher on occupait toute l’infrastructure, ce qui donnait lieu à des parties durant des heures, il valait donc mieux trouver une cachette confortable tant qu’on y était. Bien sur pour taper trois fois sur le mur c’est aussi le plus rapide qui était favorisé, un mec un jour a même sauté du premier étage pour arriver plus vite, il avait tout de même prévu son coup en s’assurant que la terre du petit jardin était humide et qu’il pouvait amortir ainsi sa chute. Il laissa des traces profondes dans la terre en tout cas ! D’autres se cachaient sur les toits, et me je souviens que je me suis retrouvé avec une voisine dont j’avais déjà parlé, dans le noir dans une des chambres qui était en travaux. Toujours trop timide je n’ai pas osé lui faire des avances, avec celle-là je n’ai jamais avancé. Les adultes m’avaient appris tous les jeux de cartes, j’adorais la canasta, jouais bien au poker sans toutefois avoir eu l’occasion d’apprendre le bridge et je l’ai regretté. Mais le jeu qui me plaisait le plus était le backgammon, je l’ai appris avec un vieux chef cuisinier et qui plus tard me fit gouter les plats roumains de son restaurant à New York lors d’une de mes visites. Malgré la présence du hasard, ce jeu est avant tout stratégique. Il s’agit selon les dès du départ, soit d’avoir les bons reflexes soit de choisir une stratégie, celle-ci peut être offensive, défensive ou encore déstabilisante. Le but du jeu est de mettre toutes ses pièces dans sa maison mais aussi de les sortir avant l’adversaire. Les dès doubles se jouent 2 fois. Le réel plaisir, en dehors de gagner bien sur, c’est de faire rouler les dès sur le tablier en bois, le bruit de leurs impactes sur les bords ou des pièces qu’on déplace en cognant un petit coup pour compter plus vite et pour enfin les déposer sur leur place faisait partie pour moi de toute une cérémonie. Le petit village ou nous étions ne comptait à l’époque qu’une seule rue commerciale. J’allais souvent m’acheter du yaourt naturel ou un vin rouge très sucré qui se trouvait toujours sur l’étagère du haut du magasin. Je le buvais comme un nectar en m’imaginant qu’il avait cent ans d’âge et me soignais les rhumes quand j’en avais. Je n’ai plus jamais retrouvé ce vin ailleurs, à croire qu’il était de la région. Le léchais aussi les vitrines des magasins de souvenirs, j’ai d’ailleurs acheté là bas plusieurs cadeaux pour les anniversaires de mes parents, pour ma mère une statue de la justice en bronze et pour mon père un Apollon en plâtre, mais également des petits vases quand j’avais moins d’argent. Ce dernier, puisque j’en parle, était mis par mon père à notre disposition sur le coin d’une étagère. Malgré la liberté de m’en servir j’allais toujours demander à ma mère l’autorisation d’en prendre en lui donnant la raison de la dépense que je voulais faire. Pour les cadeaux je mettais de coté. Un jour j’ai trouvé un billet de 20$, c’est fou comme les gens pouvaient perdre leur argent en Grèce alors qu’ils étaient pourtant pauvres ! Pareil, à Athènes, plusieurs fois j’ai trouvé de la monnaie parterre. Il faut dire que je regarde toujours ou je mets les pieds aussi…

Il y avait un petit parc avec une balançoire ou on s’entrainait à qui saute le plus loin et le plus haut, en atterrissant dans le sable qui se trouvait devant. Je ne me suis jamais fait mal, je m’entrainais aussi à sauter de l’escalier, de glisser sur la rampe ou descendre en sautant les marches par 3 voir par 4. Encore aujourd’hui, dans mes rêves, je revois souvent cette image, descendant ainsi des escaliers avec aisance et l’ivresse de la vitesse comme si c’était hier. C’est dans ce parc que mon père me gifla pour la première fois mais aussi pour la dernière. Je ne me souviens plus ce qu’il lui avait pris ce jour là mais il s’en est excusé souvent, sachant que ce geste brutal  était d’avantage sa faute que la mienne. Le soir on faisait des jeux mixtes dans le noir, l’un de nous éteignait  la lumière et les autres couraient après les filles, qui a leurs tour faisaient semblant de s’enfouir, afin de les tripoter. Le père de la voisine est quand même venu rechercher sa fille un jour car on criait trop fort, c’était celle dont je parlais avant, Eva, qui voulait et moi pas. A cette époque mon amoureuse Anca était déjà partie au Canada. Des années plus tard je l’ai revue à Toronto, sa famille témoin de Jehova et elle de même se félicitant que dans le camp il ne s’était rien passé entre nous de grave, mais aussi d’avoir un travail ou elle gagnait très bien sa vie. Son père tenta un jour de me convaincre de sa religion mais il se laissait prendre sans cesse dans ses propres pièges et a vite fait d’abandonner. Donc Eva, à présent c’était Peter qu’elle préférait. Je ne m’en sortais plus avec ces filles, à croire qu’elles ne voulaient que ce que leurs copines avaient mais n’en voulaient plus si personne n’en voulait. Le jeu donnait un peu le vertige, c’est surtout ça qui nous plaisait… Un jour je suis parti avec Peter pour une expédition vers le nord, c’était un territoire que nous avions déjà visité une fois et ou se trouvait l’ancienne mine de Pyrite. On avait profité pour démonter les cadrans des tableaux de control car j’aimais beaucoup l’électronique et fait des provisions de sacs solides pour transporter les pierres.  Il y avait une petite cabane en bois avec une petite fenêtre qui nous a permis de voir qu’il y avait là des outils. Le lendemain nous sommes retournés avec un petit nain et l’avons fait passer à travers ce petit orifice pour nous les passer. J’étais donc aussi bien équipé en outils qu’en toute autre chose. Pour revenir donc à cette expédition, cette fois là nous avons continué beaucoup plus loin, sans faire attention à l’heure qui passe, sans emporter de provisions ni même à boire, et avons repéré un bateau naufragé sur le rivage. Nous avions déjà plein d’idées en tête pour ce nouveau pillage de notre chasse aux trésors, mais la soif nous fît rebrousser chemin avant que le soleil ne se couche, en pensant y retourner un autre jour avec des provisions, ce que nous ne fîmes d’ailleurs jamais. N’ayant pris aucun repère de notre parcours et n’étant pas très surs, Peter décida qu’il était préférable de rentrer en longeant la plage, moi entêté comme d’habitude, j’ai décidé de me séparer de lui et retourner sur mes pas en faisant confiance à mon sens de l’orientation. Ce retour fût assez pénible, la soif commençait à me donner des hallucinations. Dans une première version j’étais dans le camp à l’attendre mais il n’arriva plus jamais, dans une autre je me perdais dans les étoiles et atterri par je ne sais quel miracle à ma destination et puis celle qui me semble être réelle et dans laquelle il est arrivé 2 heures plus tard. Il faut dire que j’avais quand même repéré quelques collines que j’aurais bien aimé escalader sur le parcours… Le fait est que je suis arrivé avant lui puisque ma route était linéaire alors que la sienne sillonnait tous les rivages. Pour me distraire je faisais beaucoup de bricolage, j’avais appris comment graver en noir dans du bois tendre en me servant de la pointe incendiée d’un fumigène anti-moustique, c’est un artiste qui m’avait montré comment faire, il s’appelait Titi. Il jouait aussi de la musique et fît des parodies en décrivant quelques portraits marquants de son entourage. Certains ont ri, comme ma mère, en fait ceux qui avaient compris, et d’autres ont tellement râlés qu’ils se sont même fâchés avec lui. Plus tard je l’ai visité à Toronto ou il avait créé une fabrique de meubles et vivait dans un bel appartement. J’ai aussi fait des masques avec les branches de palmier qui je vidais et découpais, cela faisait aussi de belles lampes, avec des racines de bois de vigne je faisais des portes clefs en enlevant toutes la partie pourrie avant de leur donner une forme à la lime, je creusais des dessins dans des feuilles épaisses d’aluminium que je plaçais sur un journal, afin que l’outil puisse s’enfoncer et en faisais des matrices pour couler un plâtre que je mélangeais avec une peu de colle blanche. Une fois démoulé je mettais les couleurs et de la laque par-dessus, ce qui donnait un effet de porcelaine. N’ayant reçu aucun cours de dessin je m’aventurais avec des feutres à dessiner des formes abstraites en harmonisant les couleurs. Bien des années plus tard j’ai de nouveau essayé cette technique mais ca n’avait plus le même effet. J’ai aussi découpé des croix dans du plexi, sculptées et mis sur des pendentifs, pour aller vendre au marché. Je n’ai jamais vendu grand-chose mais certaines personnes, surtout âgées, venaient me prendre l’un ou l’autre article pour me faire de l’argent de poche. J’ai travaillé quelques jours dans un snack, j’étais responsable de retourner les pittas grasses pour les souvlaki, j’étais donc toute la soirée devant la plaque à cuire. Il y régnait une chaleur infernale ! Mes parents me prenaient en pitié en m’observant si attelé à la tâche, tout en sachant sans doute que c’était pour mon bien. En effet j’étais fier de pouvoir ainsi gagner un sou alors que je n’avais que 13 ans. Ma plus grande fierté fût le jour ou nous étions retournés à Athènes avant de prendre l’avion pour la Belgique, j’avais déjà 14 ans. Nous étions dans le restaurant d’une grande surface et mes parents m’ont laissé aller acheter quelque chose tout seul et pour la première fois de ma vie le vendeur m’a vouvoyé, je me sentais déjà grand ! Une fois encore nous avons recommencé une vie, avec une valise par personne et les dollars que mes parents ont pu économiser. J’ai dû laisser derrière moi mes canes à pêche, mes revues mais encore pire, tous mes cailloux que j’aimais tant, il faut dire qu’il y avait des sacs de chantier pleins en dessous des lits et il eut fallu une remorque pour déménager tous mes trésors. Ma mère aussi abandonna tous les chats qu’elle nourrissait à l’hôtel ou elle travaillait parfois, ils l’appelaient d’ailleurs tous Mama Gata, voulant dire Maman Chat en grec. Mon père abandonna des mauvais souvenirs et nous voilà atterrissant en Belgique !

Par nightowl
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